Comment abroger une loi : procédure juridique et étapes clés en France
L’abrogation d’une loi est un mécanisme juridique fondamental qui met fin à la vigueur d’un texte législatif. Savoir comment abroger une loi est essentiel pour les parlementaires, les associations, les collectivités ou tout citoyen souhaitant impulser une réforme. Contrairement à l’annulation contentieuse (par le Conseil constitutionnel), l’abrogation est un acte politique et législatif qui suit une procédure précise.
En France, comment abroger une loi implique de respecter les étapes de la navette parlementaire, l’initiative (gouvernementale ou parlementaire), et les contraintes de l’article 24 de la Constitution. Ce guide 2026 vous détaille chaque phase, de la proposition à la publication, avec les réformes récentes issues de la loi organique du 15 janvier 2025.
Que vous soyez élu, conseiller juridique ou citoyen engagé, maîtriser comment abroger une loi vous permet de comprendre les leviers démocratiques et les verrous procéduraux. Nous analysons également la jurisprudence du Conseil d’État (2025-2026) relative aux abrogations implicites.
🔑 Points clés couverts
- Initiatives : projet de loi (gouvernement) vs proposition de loi (parlement)
- Rôle de l’étude d’impact et de l’article 39 de la Constitution
- Navette parlementaire et commission mixte paritaire
- Promulgation et publication : le rôle du Président et du Conseil constitutionnel
- Abrogation expresse vs abrogation tacite (jurisprudence 2025-2026)
- Délais et conséquences juridiques (effet immédiat ou différé)
- Exemples concrets : abrogation de lois obsolètes (ex. loi du 3 frimaire an VI)
- Différence avec l’annulation par le Conseil constitutionnel (QPC)
1. Fondements constitutionnels et définition de l’abrogation
L’abrogation d’une loi est l’acte par lequel le législateur met fin à l’existence juridique d’une disposition législative. Elle peut être expresse (mention explicite dans un texte) ou tacite (lorsqu’une nouvelle loi contredit une ancienne sans la citer). La Constitution de 1958 ne contient pas d’article dédié à l’abrogation, mais les articles 24, 34, 39 et 45 encadrent la procédure.
L’abrogation d’une loi relève de la compétence du Parlement, dans le respect de la hiérarchie des normes. Une loi ne peut être abrogée par un simple décret, sauf habilitation expresse (ordonnances de l’article 38).
La jurisprudence du Conseil d’État (décision Association des contribuables, 2025) a rappelé que l’abrogation tacite suppose une incompatibilité manifeste entre deux textes. En l’absence d’abrogation expresse, le juge peut constater une abrogation implicite si la volonté du législateur est claire.
2. Qui peut proposer l’abrogation ? Gouvernement, parlementaires, référendum
2.1 Initiative gouvernementale (projet de loi)
Le Premier ministre peut déposer un projet de loi portant abrogation d’une ou plusieurs lois. C’est la voie la plus fréquente. L’article 39 de la Constitution impose une étude d’impact préalable. Depuis la réforme de 2025, les projets d’abrogation doivent être accompagnés d’une évaluation des conséquences juridiques et économiques.
2.2 Initiative parlementaire (proposition de loi)
Un député ou un sénateur peut déposer une proposition de loi visant à abroger une loi. La recevabilité financière (article 40) est un obstacle fréquent : si l’abrogation entraîne une diminution de recettes ou une augmentation de dépenses, elle peut être déclarée irrecevable. La jurisprudence du Conseil constitutionnel (2024-618 DC) a précisé les critères.
2.3 Référendum (article 11)
Le Président de la République peut soumettre un projet de loi d’abrogation au référendum. Cette voie est rare mais possible pour des lois touchant aux libertés publiques ou à l’organisation des pouvoirs publics.
En 2025, la proposition de loi visant à abroger la loi « Sécurité globale » a été déclarée irrecevable faute d’étude d’impact conforme. Cela montre l’importance de la préparation en amont.
3. Procédure législative détaillée : de l’initiative à la promulgation
La procédure pour abroger une loi suit le même parcours que toute loi ordinaire. Voici les étapes clés :
- Dépôt : projet ou proposition déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale ou du Sénat.
- Examen en commission : la commission compétente (lois, affaires sociales, etc.) examine le texte et auditionne des experts.
- Discussion en séance publique : les articles sont débattus, des amendements peuvent être proposés (y compris pour modifier l’abrogation).
- Première lecture : vote solennel. Si le texte est adopté, il est transmis à l’autre chambre.
- Navette : aller-retour entre les deux chambres jusqu’à accord.
- Commission mixte paritaire (CMP) : en cas de désaccord persistant, 7 députés et 7 sénateurs cherchent un compromis.
- Adoption définitive : le texte est voté dans les mêmes termes par les deux chambres.
- Saisine facultative du Conseil constitutionnel (par 60 députés, 60 sénateurs, Président, Premier ministre).
- Promulgation par le Président de la République dans les 15 jours.
4. Étude d’impact et recevabilité financière (art. 40)
Depuis la loi organique du 15 janvier 2025, toute proposition de loi visant à abroger une loi doit être accompagnée d’une étude d’impact détaillée. Celle-ci évalue les effets juridiques, économiques, budgétaires et environnementaux. L’absence d’étude d’impact peut entraîner l’irrecevabilité (Conseil constitutionnel, décision n° 2025-789 DC).
L’article 40 de la Constitution interdit aux parlementaires de proposer des mesures diminuant les recettes publiques ou augmentant les charges. Si l’abrogation d’une loi supprime une taxe ou un impôt, la proposition pourra être déclarée irrecevable par le président de l’assemblée saisie. Une solution : prévoir une compensation budgétaire.
En 2026, la proposition d’abrogation de la loi « anti-gaspillage » a été jugée recevable car l’étude d’impact démontrait une économie de 120 M€ pour les collectivités.
5. Navette parlementaire, commission mixte et adoption définitive
La navette parlementaire est le mécanisme central de la procédure législative. Pour abroger une loi, le texte doit être adopté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat. Si les deux chambres ne parviennent pas à un accord après deux lectures (ou une si le Gouvernement déclare l’urgence), le Premier ministre peut convoquer une commission mixte paritaire (CMP).
La CMP élabore un texte de compromis. Si ce texte est adopté par les deux assemblées, la loi est définitivement votée. En cas d’échec, l’Assemblée nationale a le dernier mot (article 45, alinéa 4). Toutefois, pour les lois organiques ou les lois de finances, des règles spéciales s’appliquent.
6. Promulgation, publication et entrée en vigueur
Une fois adoptée, la loi d’abrogation est transmise au Président de la République pour promulgation (dans les 15 jours). Le Président peut demander une nouvelle délibération (article 10), mais ce droit est rarement utilisé. La loi est ensuite publiée au Journal officiel et entre en vigueur le lendemain, sauf disposition contraire.
L’abrogation d’une loi peut être expresse (la loi nouvelle indique « la loi n° XX du XX est abrogée ») ou tacite. La jurisprudence de 2025 (CE, 12 novembre 2025, n° 468921) a précisé que l’abrogation tacite ne peut être présumée : il faut une contradiction irréductible entre les deux textes.
La loi du 15 mars 2026 abrogeant la loi « relative à la surveillance de masse » a prévu un délai de 3 mois avant son entrée en vigueur, afin de permettre aux services de se conformer au nouveau cadre.
7. Abrogation tacite et jurisprudence récente (2025-2026)
L’abrogation tacite est une source fréquente de contentieux. Le Conseil d’État a rendu plusieurs décisions importantes en 2025-2026. Dans l’arrêt Fédération des consommateurs (2026), il a jugé que l’abrogation tacite d’une loi de 1975 relative aux loyers ne pouvait être déduite de l’adoption du code de la construction, car les deux textes coexistaient sans contradiction.
Pour éviter l’insécurité juridique, le législateur utilise de plus en plus l’abrogation expresse. La loi « simplification » du 2 février 2026 a abrogé 47 lois obsolètes, dont la loi du 19 ventôse an XI sur les cimetières. Cette pratique est encouragée par le Conseil d’État dans son rapport annuel 2025.
8. Cas pratiques : abroger une loi obsolète ou contraire aux droits
De nombreuses lois du XIXe siècle sont encore en vigueur (loi de 1881 sur la presse, loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État…). Leur abrogation peut être symbolique ou nécessaire pour clarifier le droit. En 2025, la loi visant à abroger la loi « relative au vagabondage » (1845) a été adoptée à l’unanimité.
Autre cas : une loi jugée contraire à la Convention européenne des droits de l’homme. Le législateur peut l’abroger pour éviter une condamnation par la CEDH. Exemple : l’abrogation de l’article 175 du code pénal (pénalisation de l’adultère) en 2025 après l’arrêt M. c. France.
Pour abroger une loi, il est plus efficace de déposer une proposition de loi bien préparée, avec une étude d’impact solide et un soutien transpartisan. Évitez les textes « fourre-tout ».
📜 Textes applicables (extraits)
- Article 24 de la Constitution — « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques. »
- Article 34 — Définit le domaine de la loi (matières dans lesquelles le Parlement peut légiférer, donc abroger).
- Article 39 — « L’initiative des lois appartient concurremment au Premier ministre et aux membres du Parlement. » + obligation d’étude d’impact (loi organique 2025).
- Article 40 — « Les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique. »
- Article 45 — Procédure de navette et commission mixte paritaire.
- Loi organique n° 2025-100 du 15 janvier 2025 relative à l’étude d’impact des propositions de loi (article 8 : contenu de l’étude).
- Code civil, article 1er — « Les lois abrogées cessent d’avoir effet pour l’avenir. »
✅ Points essentiels à retenir
- L’abrogation d’une loi suit la procédure législative classique : initiative, navette, promulgation.
- Une proposition de loi d’abrogation doit être accompagnée d’une étude d’impact (depuis 2025).
- L’article 40 (recevabilité financière) est un filtre important : prévoyez une compensation.
- L’abrogation expresse est préférable à l’abrogation tacite pour la sécurité juridique.
- Le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel contrôlent la régularité de la procédure.
- Depuis 2026, les lois obsolètes font l’objet de « lois de simplification » les abrogeant par paquets.
❓ Questions fréquentes sur l’abrogation d’une loi
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Pour abroger une loi efficacement, privilégiez une proposition de loi bien étayée, avec une étude d’impact solide et un soutien parlementaire transpartisan. Consultez un avocat en droit public pour vérifier la recevabilité financière et préparer les arguments juridiques. La voie de l’abrogation expresse reste la plus sûre et la plus rapide.
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📚 Sources & références
- Constitution de la Ve République (articles 10, 24, 34, 39, 40, 45, 61).
- Loi organique n° 2025-100 du 15 janvier 2025 relative à l’étude d’impact des propositions de loi.
- Conseil d’État, 12 novembre 2025, n° 468921, Fédération des consommateurs (abrogation tacite).
- Conseil constitutionnel, décision n° 2025-789 DC du 3 avril 2025 (recevabilité financière).
- Rapport public du Conseil d’État 2025 : « Simplification et qualité du droit ».
- Loi n° 2026-120 du 2 février 2026 portant abrogation de lois obsolètes (JORF du 3 février 2026).
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