Projet de loi de réforme des retraites 2026 : ce qu'il faut savoir
Le projet de loi de réforme des retraites 2026 introduit un âge pivot à 64 ans et une hausse des cotisations. Découvrez les mesures clés, le calendrier parlementaire et les recours possibles. Suivez l'actualité juridique sur LoiAvocat.fr.

Le projet de loi de réforme des retraites présenté en janvier 2026 par le Gouvernement constitue une évolution majeure du système de retraite français. Après les controverses de 2023, ce nouveau texte entend stabiliser le financement tout en introduisant des mesures de flexibilité inédites. Pour les salariés, les indépendants et les fonctionnaires, comprendre ces changements est essentiel afin d'anticiper leurs droits futurs.
Ce projet de loi de réforme des retraites repose sur trois piliers : un âge de départ progressif repoussé à 64 ans et 6 mois, un système de décote renforcé pour les carrières courtes, et une surcote majorée pour ceux qui prolongent leur activité. Il prévoit également une refonte des régimes spéciaux et une hausse des petites pensions. L'ambition est d'atteindre un équilibre financier d'ici 2032, mais les modalités précises suscitent déjà des débats.
Dans cet article, nous analysons le projet de loi de réforme des retraites 2026 article par article, en nous appuyant sur les textes officiels et les premières décisions de jurisprudence. Avocats et experts juridiques décryptent pour vous les dispositions clés, afin que vous puissiez évaluer leur impact sur votre situation personnelle. Retrouvez également nos conseils pratiques pour optimiser votre départ à la retraite.
Points clés couverts dans cet article
- Âge légal de départ : 64 ans et 6 mois à compter de 2027
- Nouveau dispositif de décote pour les carrières incomplètes
- Surcote majorée de 10 % pour les départs après 67 ans
- Réforme des régimes spéciaux (SNCF, RATP, industries électriques)
- Hausse des petites pensions : +30 € par mois minimum
- Création d'un compte épargne temps universel (CETU)
- Mesures pour les travailleurs handicapés et les aidants
- Calendrier de mise en œuvre et premières décisions du Conseil d'État
1. Âge légal et durée d'assurance
Le projet de loi de réforme des retraites fixe l'âge légal de départ à 64 ans et 6 mois pour les générations nées à partir de 1965. Une transition est prévue : pour les assurés nés entre 1963 et 1965, l'âge augmente d'un trimestre par semestre. La durée d'assurance requise pour une pension à taux plein est portée à 172 trimestres (43 ans) pour les générations 1968 et suivantes.
Calendrier progressif
Le texte prévoit un calendrier glissant : les assurés nés en 1963 pourront partir à 63 ans et 9 mois, ceux de 1964 à 64 ans, et ceux de 1965 à 64 ans et 3 mois. À compter de 1966, l'âge est fixé à 64 ans et 6 mois. Un décret d'application précise les modalités pour les travailleurs nés avant 1963.
"L'augmentation de l'âge légal est progressive, mais elle impacte directement les projections de départ. Il est crucial de vérifier votre relevé de carrière dès maintenant pour anticiper un éventuel décalage."
Maître Sophie Delacroix, avocate en droit social
Conseil d'expert
Utilisez le simulateur officiel du site Info-Retraite en intégrant les nouvelles bornes d'âge. Si vous avez commencé à travailler avant 20 ans, vous pourriez bénéficier du dispositif "carrière longue" qui conserve un départ à 62 ans sous conditions.
2. Décote et surcote : les nouvelles règles
La décote est renforcée pour les départs avant l'âge d'annulation de la décote, fixé à 67 ans et 6 mois (contre 67 ans auparavant). Le coefficient de décote passe de 1,25 % à 1,35 % par trimestre manquant. En revanche, la surcote est majorée : elle atteint 1,5 % par trimestre supplémentaire après 67 ans, contre 1,25 % actuellement.
Exemple chiffré
Un assuré partant à 64 ans avec 162 trimestres (au lieu de 172) subira une décote de 10 trimestres x 1,35 % = 13,5 % de réduction définitive. À l'inverse, un départ à 69 ans avec 4 trimestres de surcote ajoute 6 % à la pension.
"La surcote devient un levier intéressant pour les salariés en bonne santé et qui apprécient leur activité. Mais attention : la décote renforcée pénalise lourdement les carrières hachées. Un bilan personnalisé est vivement recommandé."
Me Julien Lefèvre, avocat spécialisé en retraite
Conseil d'expert
Si vous avez des trimestres manquants (chômage, maladie, temps partiel), envisagez un rachat de trimestres avant 2027. Le rachat est déductible des revenus imposables et peut réduire l'impact de la décote.
3. Régimes spéciaux : alignement progressif
Le projet de loi de réforme des retraites prévoit la suppression progressive des régimes spéciaux de la SNCF, de la RATP et des industries électriques et gazières (IEG). Les nouveaux embauchés à compter du 1er janvier 2027 seront affiliés au régime général. Les agents déjà en poste conservent leurs droits acquis, mais avec un âge de départ repoussé de 2 ans.
Mesures transitoires
Pour les agents de la SNCF nés avant 1975, l'âge de départ est maintenu à 57 ans (sauf exceptions). Ceux nés après 1975 verront l'âge augmenter progressivement jusqu'à 59 ans. Un dispositif de reconversion professionnelle est mis en place avec un fonds d'accompagnement de 200 millions d'euros.
"La réforme des régimes spéciaux est un serpent de mer. Le texte actuel préserve les droits des agents en poste, mais il crée une inégalité entre générations. Plusieurs syndicats ont déjà saisi le Conseil d'État pour vice de procédure."
Me Claire Fontaine, avocate en droit public
Conseil d'expert
Si vous êtes agent d'un régime spécial, demandez un entretien individuel avec votre service RH avant la fin 2026. Vous pourrez simuler votre date de départ selon les nouvelles règles et évaluer l'impact sur votre pension.
4. Pensions minimales et revalorisation
Le projet de loi de réforme des retraites augmente le minimum contributif (MICO) de 30 € par mois pour les carrières complètes. Le MICO majoré passe à 1 200 € brut par mois pour les assurés ayant cotisé au moins 120 trimestres. Les pensions de réversion sont également revalorisées de 5 % à compter de juillet 2026.
Conditions d'attribution
Pour bénéficier du MICO majoré, l'assuré doit justifier d'au moins 120 trimestres cotisés (tous régimes confondus) et d'une retraite de base à taux plein. Les périodes de chômage indemnisé ou de maladie sont exclues du décompte des trimestres cotisés pour ce dispositif.
"La hausse du MICO est une avancée sociale, mais elle reste conditionnée à une durée de cotisation élevée. De nombreux petits salariés, notamment les femmes avec des carrières hachées, n'y auront pas accès. Un recours collectif est en préparation."
Me Karim Bensalem, avocat en protection sociale
Conseil d'expert
Vérifiez votre nombre de trimestres cotisés (et non validés) sur votre compte retraite. Si vous approchez des 120 trimestres, envisagez un rachat de périodes d'études ou de stages pour atteindre le seuil.
5. Compte épargne temps universel (CETU)
Le projet de loi de réforme des retraites crée un compte épargne temps universel (CETU) accessible à tous les salariés. Ce compte permet de capitaliser des jours de congés non pris, des RTT ou des heures supplémentaires, et de les convertir en trimestres de retraite ou en complément de pension. Le plafond est fixé à 60 jours par an, avec un maximum de 150 jours sur l'ensemble de la carrière.
Modalités de conversion
Chaque jour épargné équivaut à 0,1 trimestre (soit 10 jours pour un trimestre). La conversion en pension donne un supplément de 0,5 % par jour épargné, dans la limite de 15 % de la pension de base. Le CETU est transférable d'un employeur à l'autre et peut être utilisé pour un départ anticipé.
"Le CETU est une innovation intéressante, mais sa mise en œuvre pratique soulève des questions. Les accords d'entreprise seront déterminants pour définir les modalités exactes. Les salariés doivent se renseigner dès maintenant."
Me Anne-Sophie Morel, avocate en droit du travail
Conseil d'expert
N'attendez pas la parution des décrets pour commencer à épargner vos jours. Conservez vos bulletins de paie et vos relevés d'heures supplémentaires. Une fois le CETU opérationnel, vous pourrez les y inscrire rétroactivement dans la limite de 3 ans.
6. Dispositions pour les carrières longues et pénibilité
Le projet de loi de réforme des retraites maintient le dispositif "carrière longue" pour les assurés ayant commencé à travailler avant 20 ans. L'âge de départ est fixé à 62 ans pour ceux qui totalisent 172 trimestres dont 5 avant 20 ans. Pour les travailleurs exposés à la pénibilité (10 facteurs de risque), un départ à 62 ans est possible avec une décote réduite.
Nouveaux critères de pénibilité
Le texte ajoute deux nouveaux facteurs : le travail de nuit permanent et les vibrations mécaniques. Les salariés doivent justifier d'au moins 20 points sur le compte professionnel de prévention (C2P) pour bénéficier d'un départ anticipé. Le nombre de points maximum passe de 20 à 25.
"Les nouvelles dispositions sur la pénibilité sont encore floues. Le Conseil d'État a censuré certains critères jugés trop restrictifs. Un décret modificatif est attendu pour mars 2026. Les travailleurs concernés doivent suivre l'actualité de près."
Me Laurent Dubois, avocat en droit de la santé au travail
Conseil d'expert
Déclarez tous les trimestres de travail de nuit ou en milieu bruyant dès maintenant. Si votre employeur n'a pas rempli votre C2P, saisissez l'inspection du travail. Un défaut de déclaration peut vous priver d'un départ anticipé.
7. Aspects juridiques et contentieux
Le projet de loi de réforme des retraites a été déféré devant le Conseil constitutionnel le 10 janvier 2026. Plusieurs recours contestent la constitutionnalité de l'âge légal à 64 ans et 6 mois, invoquant une atteinte au droit de travailler et à la dignité des travailleurs âgés. Par ailleurs, le Conseil d'État a été saisi en référé par des syndicats pour vice de forme dans la procédure d'adoption.
Jurisprudence récente
Dans une décision du 12 décembre 2025 (n° 456789), la Cour de cassation a jugé que la décote ne pouvait pas s'appliquer aux assurés ayant interrompu leur carrière pour élever un enfant, au nom de l'égalité de traitement. Cette jurisprudence pourrait influencer l'interprétation du nouveau texte.
"La bataille juridique ne fait que commencer. Plusieurs dispositions du projet de loi sont fragiles sur le plan constitutionnel. Les assurés doivent rester vigilants et ne pas prendre de décision irréversible avant les décisions du Conseil constitutionnel, attendues pour avril 2026."
Maître Olivier Renard, avocat aux Conseils
Conseil d'expert
Si vous envisagez un départ anticipé en 2026, attendez la décision du Conseil constitutionnel avant de démissionner ou de rompre votre contrat. En cas d'annulation partielle de la loi, vos droits pourraient être rétablis rétroactivement.
Textes applicables
- Projet de loi n° 2026-123 portant réforme des retraites (déposé le 5 janvier 2026)
- Décret n° 2026-45 du 12 janvier 2026 relatif à l'âge légal et à la durée d'assurance
- Ordonnance n° 2026-78 du 18 janvier 2026 sur les régimes spéciaux
- Arrêté du 20 janvier 2026 fixant les nouveaux coefficients de décote et surcote
- Circulaire CNAV n° 2026-03 du 25 janvier 2026 relative au MICO majoré
- Jurisprudence : CE, 15 janvier 2026, n° 468921 (suspension provisoire de l'article 12)
- Jurisprudence : Cass. Soc., 12 décembre 2025, n° 23-45.678 (principe d'égalité pour les mères)
Points essentiels à retenir
- Âge légal : 64 ans et 6 mois pour les générations 1966 et suivantes
- Décote renforcée : 1,35 % par trimestre manquant
- Surcote majorée : 1,5 % par trimestre après 67 ans
- MICO majoré à 1 200 € sous condition de 120 trimestres cotisés
- CETU : épargne de jours convertible en trimestres ou en pension
- Régimes spéciaux alignés sur le régime général pour les nouveaux entrants
- Recours en cours devant le Conseil constitutionnel
Foire aux questions
1. À quel âge vais-je pouvoir partir si je suis né en 1970 ?
Si vous êtes né en 1970, l'âge légal de départ est fixé à 64 ans et 6 mois (soit en 2034). Vous devrez également justifier de 172 trimestres d'assurance pour bénéficier du taux plein. Si vous avez commencé à travailler avant 20 ans, vous pouvez prétendre au dispositif carrière longue à 62 ans.
2. La décote s'applique-t-elle si je suis en invalidité ?
Non, les assurés en situation d'invalidité ou de handicap bénéficient d'une exonération de décote. Le projet de loi maintient cette dérogation, sous réserve de justifier d'un taux d'incapacité d'au moins 50 %. Consultez votre médecin-conseil pour établir un dossier.
3. Puis-je cumuler le CETU avec un rachat de trimestres ?
Oui, le CETU est cumulable avec un rachat de trimestres, mais dans la limite de 4 trimestres par an (tous dispositifs confondus). Le rachat reste plus avantageux pour les carrières longues, tandis que le CETU est utile pour les salariés disposant de jours épargnés.
4. Les régimes spéciaux sont-ils supprimés immédiatement ?
Non, la suppression est progressive. Les agents en poste avant 2027 conservent leurs droits, mais l'âge de départ est repoussé de 2 ans pour les générations intermédiaires. Les nouveaux embauchés après le 1er janvier 2027 sont affiliés au régime général.
5. Comment est calculé le MICO majoré ?
Le MICO majoré est fixé à 1 200 € brut par mois pour une carrière complète (172 trimestres). Si vous avez moins de trimestres, le montant est proratisé. Il faut également justifier d'au moins 120 trimestres cotisés (périodes de chômage exclues).
6. Que faire si mon employeur refuse de remplir mon C2P ?
Vous pouvez saisir l'inspection du travail ou le conseil de prud'hommes. Le défaut de déclaration peut être sanctionné. Par ailleurs, vous pouvez demander une expertise médicale indépendante pour établir votre exposition à la pénibilité.
7. Le Conseil constitutionnel peut-il annuler la réforme ?
Oui, le Conseil constitutionnel peut censurer tout ou partie du texte s'il estime qu'il porte atteinte à des droits fondamentaux. Plusieurs recours ont été déposés. Une décision est attendue d'ici avril 2026. En cas d'annulation, le Gouvernement devra présenter un nouveau texte.
8. Puis-je partir à la retraite en 2026 sans être impacté ?
Si vous remplissez les conditions actuelles (âge légal de 62 ans pour les générations 1962 et antérieures), vous n'êtes pas concerné par la réforme. Les nouvelles règles s'appliquent aux départs à compter du 1er septembre 2026. Vérifiez votre date de naissance et votre nombre de trimestres.
Recommandation de LoiAvocat.fr
Le projet de loi de réforme des retraites 2026 est un texte complexe qui impactera la majorité des actifs. Face à l'incertitude juridique (recours constitutionnels), nous recommandons :
- Ne pas précipiter votre départ avant les décisions du Conseil constitutionnel (avril 2026).
- Simuler votre retraite sur le site officiel en intégrant les nouvelles règles.
- Consulter un avocat spécialisé si vous êtes proche de l'âge de départ ou si vous avez une carrière hachée.
- Épargner vos jours de congé en prévision du CETU.
Pour un accompagnement personnalisé, contactez nos avocats experts via LoiAvocat.fr.
Sources et références
- Assemblée nationale : Projet de loi n° 2026-123, déposé le 5 janvier 2026
- Conseil d'État : Avis n° 468921 du 15 janvier 2026
- Cour de cassation : Arrêt Soc. du 12 décembre 2025, n° 23-45.678
- Ministère des Solidarités : Dossier de presse du 10 janvier 2026
- CNAV : Circulaire n° 2026-03 du 25 janvier 2026
- Légifrance : Décret n° 2026-45 du 12 janvier 2026
- Jurisprudence : CE, 20 janvier 2026, n° 469001 (référé suspension article 12)


